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Le réemploi informatique, kézako ?

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Rédaction Julie Bailleul - pour ANIS (2010)

Les enjeux du réemploi de matériel informatique

Des pratiques actuelles peu respectueuses de l’environnement

La production d’un ordinateur de bureau de 24 kg (écran compris) nécessite au moins dix fois son poids en combustibles fossiles et produits chimiques. En comparaison, la production d’une voiture ou d’un réfrigérateur ne requiert qu’une à deux fois son poids en matières premières et en ressources naturelles.

Une fois fabriqué, l’ordinateur contient du plomb, du cyanure et d’autres substances nocives pour l’environnement. Les écrans notamment contiennent de nombreuses substances polluantes (plomb, métaux lourds), dangereuses pour la terre et les nappes phréatiques.

Le reconditionnement permet un meilleur respect de l’environnement.
La production d’un ordinateur reconditionné coûte infiniment moins cher en énergie que celle d’un ordinateur neuf. Elle ne nécessite aucun recours à des matières premières, ou de matériaux dangereux ou polluants. Elle prolonge le cycle de vie de la machine et réduit ainsi la production de déchets.

Une fracture numérique persistante

La fracture numérique désigne le fossé entre ceux qui utilisent les TIC pour leurs besoins personnels et professionnels, et ceux qui ne sont pas en état de les exploiter faute de pouvoir accéder aux équipements ou fautes de compétences. Le développement considérable des TIC est facteur d’inégalités nouvelles. A mesure que les activités sociales et économiques prennent de l’importance sur Internet, de nouvelles formes d’exclusion apparaissent.

Un facteur de poids de la fracture numérique demeure l’accès au matériel informatique. En France, même si l’équipement des foyers en ordinateurs est en nette progression, de profondes inégalités perdurent. Les dernières études démontrent que si 69% des français de plus de 12 ans ont accès à un ordinateur à leur domicile, 28% en sont entièrement dépourvus.

Cette absence totale d’accès aux équipements informatiques touche des catégories de personnes précises : en priorité les personnes âgées et les retraités, les non-diplômés, les ménages défavorisés. La réalité de la fracture numérique recouvre celle de la fracture sociale.

Signalons également que 47% des actifs, des élèves et des étudiants déclarent ne pas disposer d’ordinateurs sur leur lieu de travail. On observe une lacune importante en équipements informatiques dans les établissements scolaires et certaines petites entreprises et collectivités. Ce qui nuit gravement à l’insertion des employés et des publics dans le tissu économique et social.

Un gaspillage généralisé des parcs informatiques

Si l’on s’attarde sur les problématiques de gestion des parcs informatiques, plusieurs constats s’imposent :

- Le parc informatique des entreprises françaises est colossal (98% des entreprises françaises de plus de 10 salariés sont équipées en ordinateurs).

- Ce parc informatique est renouvelé de plus en plus souvent (pour causes d’évolutions logicielles, d’évolution des besoins en performance et en mémoire, etc). La durée d’utilisation des équipements, qui était de 6 ans en 1997, est passée aujourd’hui à 2 ans environ.

- On observe un phénomène de gaspillage généralisé de ce parc informatique. En effet, de nombreuses entreprises optent pour la destruction de leur parc lorsqu’elles décident de le renouveler. On estime qu’en France, 2,5 millions d’ordinateurs sont mis chaque année au rebut par les entreprises. Parmi eux, 50 % au moins sont encore en bon état de marche : un nombre considérable de machines encore modernes dont la durée de vie pourrait être prolongée au bénéfice des plus démunis !

L’opération qui consisterait pour les structures à donner directement le matériel au public n’est cependant pas recevable… En effet, suite à un premier usage, les ordinateurs peuvent contenir des données confidentielles ; certaines pièces parfois défectueuses ou usées doivent être remplacées ; et il convient de s’assurer que l’utilisateur final disposera des droits nécessaires à l’utilisation du système d’exploitation et des logiciels installés. Au moment où les entreprises cessent d’utiliser les ordinateurs, ceux-ci ne peuvent donc pas être immédiatement récupérés. Avant d’être redistribués, ils doivent toujours être reconditionnés, c’est à dire confiés à des professionnels chargés de leur donner une deuxième vie : les reconditionneurs.

Qu’est-ce que le réemploi de matériel informatique ?

Reconditionner un ordinateur, c’est le remettre dans l’état de fonctionnement dans lequel il était avant d’avoir été utilisé.

Le reconditionnement intervient en amont du recyclage (destruction ou valorisation) pour prolonger le cycle de vie du matériel obsolète par une remise à niveau.

L’opération de reconditionnement se divise en trois phases de travail distinctes :
- La collecte ;
- La remise à niveau (nettoyage, remplacement des pièces usées ou défectueuses, effacement des données, réinstallation du système d’exploitation et des logiciels nécessaires à son fonctionnement) ;
- La redistribution du matériel.

Il est important de préciser qu’un ordinateur reconditionné n’est pas un déchet. Il s’agit bien de matériel en parfait état de fonctionnement. Un ordinateur reconditionné présente des performances équivalentes à celles qu’il possédait lorsqu’il était neuf.

Qui sont les acteurs du réemploi de matériel informatique ?

Le réemploi informatique est un secteur économique regroupant l’ensemble des acteurs engagés dans une démarche de réutilisation du parc informatique national : donateurs, reconditionneurs, bénéficiaires, et facilitateurs.

- Les donateurs : ce sont les particuliers, les entreprises, les collectivités, auprès de qui s’opère la collecte du matériel informatique usagé.

- Les reconditionneurs et les éco-organismes spécialisés : ils sont chargés de donner une deuxième vie au matériel usagé, puis de prendre en charge sa fin de vie.

- Les bénéficiaires : le reconditionnement permet l’accès au matériel par des publics qui pour des raisons économiques, sanitaires ou culturelles, en sont écartés. Les bénéficiaires peuvent être des particuliers défavorisés, des chômeurs, des étudiants, des structures d’aide et d’insertion sociale, des associations et clubs de seniors, des centres socio-culturels et socio-éducatifs, des centres pour handicapés, des associations de développement local, des Espaces Publics Numériques (EPN), des collectivités en charge de l’équipement des écoles, etc.

L’ordinateur reconditionné est soit cédé gratuitement, soit vendu environ 100 euros alors qu’il était proposé neuf à un prix jusqu’à dix fois supérieur.
Les entreprises ou les collectivités peuvent orienter la redistribution de leur matériel dans de nombreuses directions de solidarité. La sélection des publics bénéficiaires peut se faire à la fois en fonction de la nature et de la qualité du matériel, et des objectifs de solidarité que le donateur s’est fixés.

- Les facilitateurs : ce sont les structures chargées d’accompagner les publics dans la découverte et l’appropriation des TIC une fois le matériel acquis (structures d’accompagnement, de formations TIC, etc).

Les spécificités des structures de reconditionnement

Les reconditionneurs sont les intermédiaires opérant le lien entre l’offre et la demande dans le secteur du réemploi informatique.

Il est essentiel de préciser qu’il existe une grande diversité d’organismes reconditionneurs sur le territoire national. La majorité appartient au secteur de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) : on distingue de nombreux entrepreneurs sociaux, et une multitude d’initiatives associatives.

Autre point important : le reconditionnement permet le développement d’emplois pour des personnes peu qualifiées ou en réinsertion sociale. Nombreuses sont les associations et les entreprises solidaires qui se sont spécialisées dans le reconditionnement des ordinateurs afin de créer des emplois. Elles favorisent l’insertion professionnelle et/ou sociale de personnes en situation d’exclusion. Opter pour le reconditionnement, c’est donc favoriser l’emploi solidaire !

Chaque reconditionneur exerce ses activités de reconditionnement selon des critères spécifiques, en fonction des objectifs qu’il poursuit : réduire la fracture numérique, favoriser l’insertion professionnelle, encourager des pratiques respectueuses de l’environnement, etc.

Ces critères concernent notamment :

- Les publics de collecte : certains organismes ne collectent que des parcs informatiques d’entreprises, d’autres qu’à l’unité auprès des particuliers.

- Les publics de redistribution : certains organismes ne redistribuent qu’à des particuliers bénéficiaires des minima sociaux ; d’autres qu’à des associations engagées dans des projets d’équipements en milieu socio-éducatif, en France ou dans les pays du Sud.

- Les conditions de redistribution : certains reconditionneurs donnent le matériel remis à jour selon certaines conditions seulement : être demandeur d’emploi, suivre une formation à la bureautique, etc. ; d’autres le vendent à prix « équitable » (100 euros en moyenne).

Aussi, si vous cherchez un reconditionneur pour donner ou acquérir du matériel de seconde main, soyez attentifs à l’ensemble de ces conditions.

Vous l’aurez compris, le secteur du réemploi de matériel informatique est générateur d’une forte plus-value sociale et environnementale, en permettant :

- La réduction de l’impact des DEEE sur l’environnement ;
- La promotion de l’accès aux TIC des publics éloignés en leur permettant d’acquérir du matériel remis à niveau à moindres coûts ;
- La création d’emplois solidaires autour des activités liées au reconditionnement.

Précisons que le secteur du traitement, de l’élimination et de la valorisation des déchets informatiques est en plein essor, tant du point de vue de l’emploi que du chiffre d’affaires. Les entreprises et les associations du secteur, de plus en plus nombreuses (notamment en Ile-de-France), se positionnent et se spécialisent au sein d’un marché d’avenir.

Ce secteur profite en outre d’un contexte règlementaire favorable, et du soutien gouvernemental via un dispositif national d’envergure : Ordi 2.0.

Le dispositif Ordi 2.0 encourage le reconditionnement

Le Gouvernement français s’est engagé, avec le soutien de tous les acteurs de la Société de l’Information, à développer une filière nationale de collecte, de reconditionnement et de redistribution d’ordinateurs dans une démarche d’économie solidaire et de qualité environnementale.

Pour accélérer l’équipement à bas prix des publics en difficulté économique, le Secrétariat d’État chargé de la Prospective et du Développement de l’Economie Numérique et la Délégation aux Usages de l’Internet (DUI) ont souhaité soutenir et encourager le déploiement, sous la marque Ordi 2.0, d’une filière nationale de collecte, de rénovation et de réemploi des ordinateurs.

Ce dispositif a pour vocation d’offrir davantage de visibilité aux acteurs du reconditionnement et d’aider à la structuration de la filière.

Sources :

- Etude CREDOC « La diffusion des Technologies de l’Information et de la Communication dans la Société française » (2009) : www.arcep.fr/uploads/tx_gspublicati....

- Le Livre Blanc « Reconditionnement : longue vie aux ordinateurs, longue vie aux internautes » de Renaissance Numérique (2010) : www.ordi2-0.fr/spip.php?article116.

- Le site national Ordi 2.0 : www.ordi2-0.fr.